Le grand public français a notamment découvert le cas fascinant de Luiz Antonio Gasparetto par l’intermédiaire d’émissions de divertissement et de reportages télévisés, à l’image du magazine 30 histoires extraordinaires sur TF1. Sous les yeux médusés des spectateurs et des spécialistes de l’art, cet homme réalisait en quelques minutes des œuvres rappelant la touche, la palette et le trait de maîtres disparus tels que Claude Monet, Pierre-Auguste Renoir, Amedeo Modigliani ou Pablo Picasso.
L’art de la psychopictographie
Né en 1949 à São Paulo et décédé en 2018, Luiz Gasparetto est devenu l’une des figures majeures de la psychopictographie, ou peinture médiumnique. Selon son témoignage, ses premières expériences se sont manifestées dès l’âge de treize ans, alors qu’il n’avait suivi aucune formation académique au dessin ni aux techniques picturales. En état de transe partielle, les yeux souvent fermés ou dans une obscurité presque complète, il laissait ses mains — et parfois ses pieds — appliquer la couleur directement sur la toile ou le papier, à un rythme frénétique.
Ce qui frappait les observateurs n’était pas seulement la rapidité d’exécution, souvent inférieure à cinq ou dix minutes par toile, mais la simultanéité de ses gestes : Gasparetto pouvait peindre deux œuvres distinctes en même temps, une dans chaque main, adoptant pour l’une le style géométrique cubiste et pour l’autre la touche impressionniste fluide. Les toiles portaient ensuite des signatures imitées des peintres dont il disait recevoir l’influence.
Un phénomène ancré dans la tradition spirite brésilienne
Pour comprendre le parcours de Gasparetto, il est indispensable de le situer dans le contexte culturel du spiritisme au Brésil, une doctrine largement popularisée tout au long du XXe siècle par des figures emblématiques comme Chico Xavier, le médium brésilien guidé par les Esprits. Dans cette tradition issue des travaux d’Allan Kardec, la médiumnité artistique est perçue comme un instrument de transmission et de bienfaisance plutôt que comme un spectacle mercantile. Durant une longue période de sa vie, Gasparetto refusait ainsi de vendre ses créations à titre d’enrichissement personnel, les destinant à des œuvres caritatives ou à des fondations d’aide sociale.
Cette pratique rappelle également d’autres trajectoires singulières européennes rattachées à l’art brut ou spirite, à l’instar de celle du peintre Fleury Joseph Crépin, qui affirmait lui aussi obéir à des injonctions venues d’un autre plan de conscience pour composer ses toiles méticuleuses.
Regard critique et postérité
Face à ces manifestations, le monde artistique et la communauté scientifique demeurent partagés entre scepticisme et curiosité. Si les historiens de l’art y voient fréquemment des exercices de pastiche brillants guidés par une mémoire visuelle inconsciente exceptionnelle et une grande dextérité psychomotrice, les partisans du spiritisme y déchiffrent au contraire la preuve d’une survivance de la personnalité créatrice par-delà la mort. Plus tard dans sa vie, Luiz Gasparetto s’était tourné vers la psychologie, l’animation télévisuelle et le développement personnel au Brésil, laissant derrière lui des milliers de peintures qui continuent d’alimenter les réflexions sur les états modifiés de conscience et les limites de la créativité humaine.
