Sortie en salles en 2009 sous la direction de Grant Heslov, la comédie satirique Les Chèvres du Pentagone met en scène George Clooney et Ewan McGregor dans une équipée rocambolesque au Moyen-Orient. Le long-métrage s’inspire directement du livre éponyme du journaliste d’investigation britannique Jon Ronson. Si le ton adopté relève de la farce militaire, la trame de fond repose sur des faits historiques documentés : les tentatives de l’armée américaine d’exploiter les facultés parapsychologiques durant la Guerre froide.
Du roman d’enquête à la réalité du projet Stargate
Dès les années 1970, dans un contexte de vive rivalité avec l’Union soviétique, les services de renseignement américains craignent d’être dépassés par d’éventuelles avancées soviétiques dans le domaine de la « psychotronique ». Sous l’impulsion de certains officiers influencés par les mouvements du potentiel humain, le département de la Défense lance des programmes secrets, regroupés plus tard sous le nom de code Stargate.
Dans ce cadre, des scientifiques du Stanford Research Institute (SRI) étudient la « vision à distance » (remote viewing). Il s’agissait d’évaluer si des opérateurs entraînés pouvaient localiser des otages, décrire des installations militaires confidentielles ou cartographier des bases sous-marines sans quitter leur bureau. Ces travaux ont mené les agences de renseignement à solliciter des profils atypiques, comme l’illustre l’histoire documentée de la voyance utilisée par la CIA.
L’art divinatoire et les sphères de décision politique
Le film force le trait en montrant des « guerriers Jedi » tentant d’arrêter le cœur de caprins par la seule force de leur regard. Pourtant, l’attrait des cercles de pouvoir pour les perceptions extrasensorielles n’a rien d’inédit. Depuis les oracles de l’Antiquité jusqu’aux cours royales européennes, les dirigeants ont fréquemment consulté des augures pour éclairer leurs décisions stratégiques.
À l’époque contemporaine, de nombreux chefs d’État ont entretenu des relations discrètes avec des astrologues ou des clairvoyants de renom. Les archives et les témoignages de figures politiques rappellent que cette quête de clairvoyance a également marqué l’histoire institutionnelle, un phénomène que l’on observe notamment à travers l’évolution de la voyance en France au fil des décennies républicaines.
Aptitude innée ou protocole d’entraînement ?
L’une des particularités du programme militaire américain était de considérer la vision à distance non comme un privilège mystique, mais comme une faculté cognitive latente susceptible d’être codifiée et enseignée par des protocoles stricts de dessin et de coordonnées géographiques. Cette approche réactive un débat classique chez les praticiens : s’agit-il d’un potentiel présent en chacun ou d’une sensibilité réservée à quelques initiés possédant un véritable don de voyance ?
L’aventure officielle s’est arrêtée en 1995, à la suite d’une évaluation externe menée par les American Institutes for Research. Le rapport a conclu que les données recueillies manquaient d’une fiabilité suffisante pour servir de base à des opérations de terrain. Les expérimentations ont néanmoins laissé derrière elles des dizaines de milliers de pages d’archives déclassifiées, qui continuent d’alimenter la culture populaire et la curiosité des historiens.
