L’histoire du renseignement militaire regorge de dossiers insolites, mais peu ont autant fasciné le public que les recherches de l’armée américaine et de la CIA sur les facultés extrasensorielles. Entre le début des années 1970 et le milieu des années 1990, Washington a consacré des millions de dollars à explorer la faisabilité d’un espionnage psychique, regroupé plus tard sous le nom de code de projet Stargate.
L’émergence de la vision à distance durant la Guerre froide
Dans un contexte de rivalité intense avec l’Union soviétique, les stratèges du Pentagone craignaient que Moscou ne prenne une avance décisive dans le domaine de la « psycho-énergétique ». Pour évaluer ces menaces et déterminer si l’esprit humain pouvait franchir les frontières sans support technique, des scientifiques du réputé Stanford Research Institute (SRI) ont été mandatés pour concevoir un protocole expérimental rigoureux : la vision à distance (ou remote viewing).
Contrairement à une séance de divination traditionnelle, cette méthode imposait à un sujet de décrire des cibles géographiques précises (installations militaires, coordonnées cartographiques ou personnes disparues) sans aucune information préalable, simplement à l’aide d’un bloc-notes et de croquis. Ces explorations singulières ont d’ailleurs inspiré de nombreuses enquêtes journalistiques et cinématographiques, à l’image du célèbre dossier sur les chèvres du Pentagone.
Joe McMoneagle, l’officier devenu « observateur à distance »
Parmi les figures centrales de ce programme figurait Joseph McMoneagle, souvent désigné comme l’« observateur n° 001 ». Ancien sous-officier de renseignement de carrière, il a affirmé avoir développé des perceptions inhabituelles après un incident médical grave en service. Intégré aux équipes de Stargate, il a participé durant près de deux décennies à des centaines de sessions de visualisation.
Ses partisans rapportent qu’il aurait aidé à localiser un sous-marin soviétique d’une classe inconnue ou à fournir des indices sur des prises d’otages à l’étranger. Pour ses états de service au sein du renseignement militaire, il a reçu la prestigieuse médaille de la Legion of Merit, même si les autorités sont toujours restées très discrètes sur la part exacte jouée par ses croquis intuitifs dans les décisions tactiques réelles.
Quel bilan pour le projet Stargate ?
Le recours à des conseillers intuitifs par le pouvoir politique n’est pas exclusif aux services secrets américains ; en France, les confidences de dirigeants politiques ont parfois mis en lumière des démarches similaires, comme les échanges réguliers entre l’Élysée et la star de la voyance Elizabeth Teissier.
Cependant, en 1995, le Congrès américain a demandé une évaluation indépendante à l’American Institutes for Research (AIR). Le rapport a conclu que, si des anomalies statistiques pouvaient parfois être observées en laboratoire, les données obtenues par vision à distance demeuraient trop imprécises, contradictoires et inutilisables pour la prise de décision opérationnelle. Le programme Stargate a ainsi été définitivement déclassifié et abandonné, laissant derrière lui une documentation historique abondante qui continue d’alimenter les débats entre sceptiques et passionnés d’arts divinatoires.
