« Sous le figuier » : le tarot au cœur d’une fable lumineuse

Le septième art a souvent cantonné les praticiens des arts divinatoires à des caricatures sombres, mystiques ou purement mercantiles. Pourtant, le long-métrage Sous le figuier, réalisé par Anne-Marie Étienne et sorti sur les écrans au printemps 2013, prend le contre-pied absolu de ces représentations traditionnelles. Cette chronique douce-amère met en lumière un portrait d’une rare délicatesse : celui d’une femme d’un grand âge, lumineuse et clairvoyante, qui use de son jeu de tarot comme d’un vecteur de dialogue et de transmission.

Une leçon de vie sur les rives de la Moselle

L’intrigue réunit plusieurs générations autour de Selma, une dame de 95 ans affaiblie par la maladie mais habitée d’une extraordinaire vitalité intérieure. Pour passer une belle saison estivale, trois trentenaires en plein désarroi existentiel — Nathalie, Christophe et Joëlle — rejoignent la nonagénaire dans une vaste demeure au bord de la Moselle. Alors que ces derniers pensaient adoucir le crépuscule d’une existence, c’est finalement Selma qui ranime leur goût pour l’avenir et les aide à dénouer leurs angoisses.

Dans ce rôle sur mesure, Gisèle Casadesus insuffle une tendresse bouleversante à son personnage, portée par la complicité d’acteurs reconnus tels qu’Anne Consigny, Jonathan Zaccaï et Marie Kremer. Loin des intrigues oppressantes que l’on retrouve parfois dans les récits fantastiques contemporains, comme la série Les Revenants, l’œuvre privilégie la clarté, la simplicité champêtre et l’écoute mutuelle.

La taromancie comme miroir des âmes

L’un des éléments singuliers du film réside dans l’activité de Selma : pour arrondir ses fins de mois et garder un lien vivant avec le monde, elle tire les cartes à domicile et par correspondance. Ici, la cartomancie n’est pas traitée sous l’angle du surnaturel spectaculaire, mais plutôt comme une boussole introspective. Selma utilise les archétypes du tarot pour lire les failles, apaiser les tourments et inviter ses consultants à devenir acteurs de leur propre chemin.

Cette approche humaniste rappelle combien l’interprétation des cartes peut relever d’une psychologie fine et intuitive. Alors que le petit écran mettait en scène des héros hyper-rationnels décryptant les comportements humains, à l’image des analyses de fiction où Le Mentalist s’intéresse à la voyance, Selma incarne une voie plus poétique. Ses tirages sous les arbres ne prétendent pas figer le destin, mais suggèrent des pistes d’évolution personnelle et ouvrent le dialogue avec ses proches.

Un regard bienveillant sur les arts divinatoires

À travers ce portrait apaisé, Anne-Marie Étienne signe une œuvre réconfortante qui évite les jugements hâtifs sur la consultation divinatoire. La tarologie y apparaît pour ce qu’elle représente souvent dans le quotidien : un temps de pause, une parenthèse pour faire le point face aux turbulences de l’existence. Ce traitement tout en nuances fait écho aux réflexions documentaires que l’on retrouve dans un supplément spécial voyance dédié à la compréhension des pratiques de conseil.

Sous le figuier demeure ainsi un bel hommage à la vieillesse, à la résilience et à la fonction réparatrice de l’écoute, tout en offrant aux amateurs de symbolisme divinatoire une héroïne inoubliable, guidée par la générosité et l’amour de la vie.