L’intersection entre espionnage militaire et capacités parapsychologiques n’est pas une simple légende urbaine. Durant plusieurs décennies, en plein cœur de la Guerre froide, les services de renseignement des États-Unis ont officiellement exploré l’usage des perceptions extrasensorielles à des fins stratégiques. Connu sous le nom de code générique de projet Stargate, ce programme secret a mobilisé scientifiques, officiers et praticiens de ce que l’armée nommait alors la vision à distance (ou remote viewing).
Les origines d’un programme d’espionnage psychique
Au début des années 1970, alertées par de supposées avancées soviétiques dans le domaine de la psychotronique, les agences américaines (notamment la CIA et la DIA) décident de mener leurs propres investigations. Les protocoles scientifiques sont alors confiés à des physiciens du réputé Stanford Research Institute (SRI). L’objectif était d’évaluer si des individus entraînés pouvaient décrire avec précision des coordonnées géographiques, des installations militaires ou des bases ennemies situées à des milliers de kilomètres, sans aucun moyen technique conventionnel.
Cette curiosité militaire pour les phénomènes inexpliqués a d’ailleurs nourri la culture populaire, inspirant plus tard des récits documentaires et des fictions célèbres comme le film Les chèvres du Pentagone, qui retrace les expérimentations non conventionnelles de l’armée.
La figure de Joe McMoneagle
Parmi les sujets les plus remarqués de cette unité spéciale figure Joseph McMoneagle, souvent désigné comme l’observateur numéro 001. Ancien sous-officier des transmissions et du renseignement, McMoneagle a raconté avoir pris conscience de ses perceptions intuitives après un grave problème de santé. Recruté au sein de l’unité clandestine basée à Fort Meade, dans le Maryland, il participe à plusieurs centaines d’exercices et d’opérations réelles.
Durant ses séances, installé dans une pièce close et muni d’une simple feuille de papier, il tentait d’esquisser des formes, des structures et des plans correspondant à des cibles identifiées uniquement par des coordonnées chiffrées. Ses partisans lui attribuent notamment la localisation approximative d’un nouveau sous-marin soviétique avant que les satellites espions n’en confirment l’existence, ainsi que des indications sur des otages retenus à l’étranger. Pour ses états de service dans le renseignement militaire, il recevra la prestigieuse médaille de la Legion of Merit.
Bilan et clôture du projet Stargate
Après plus de vingt ans d’activité et un investissement estimé à une vingtaine de millions de dollars, le gouvernement américain commande au milieu des années 1990 une évaluation scientifique indépendante à l’American Institutes for Research (AIR). Le rapport conclut que si certaines anomalies statistiques en laboratoire demeurent troublantes, les informations obtenues par vision à distance restent trop parcellaires, vagues et inconstantes pour constituer des renseignements exploitables sur le terrain opérationnel.
En 1995, la CIA déclassifie une partie importante des archives et met officiellement fin au programme. Bien que controversée, l’aventure Stargate reste l’un des chapitres les plus documentés de l’histoire moderne sur la tentative d’institutionnaliser les arts divinatoires au sommet des États.
