À chaque grand tournoi sportif international, les regards ne se tournent pas uniquement vers les tactiques des sélectionneurs ou l’état physique des joueurs. Depuis plusieurs éditions, une curiosité médiatique s’est installée dans le paysage des compétitions : celle des animaux dits « devins ». Lors de l’Euro 2012, organisé conjointement par la Pologne et l’Ukraine, c’est un imposant verrat nommé Funtik qui a défrayé la chronique en prétendant deviner l’issue des matches depuis le cœur de Kiev.
L’héritage de Paul le poulpe
L’origine de cet engouement trouve sa source dans la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. À cette occasion, Paul le poulpe, pensionnaire de l’aquarium d’Oberhausen en Allemagne, avait suscité l’étonnement mondial en enchaînant les choix victorieux pour la sélection allemande, avant de désigner l’Espagne comme future championne. La disparition du céphalopode quelques mois plus tard a laissé un vide que de nombreuses villes hôtes ont tenté de combler par des mascottes locales aux talents supposés de clairvoyance.
Pour l’Euro 2012, la municipalité de Kiev a choisi de promouvoir Funtik, présenté avec humour et solennité comme un connaisseur averti des subtilités du ballon rond. Installé dans un enclos festif sur la célèbre avenue Khrechtchatyk, l’animal était sollicité chaque jour en fin d’après-midi pour désigner le vainqueur du match à venir.
Un rituel simple fondé sur la gourmandise
Le protocole mis en place ne relevait évidemment pas d’un calcul savant : deux assiettes identiques de nourriture, chacune surmontée du drapeau de l’un des pays en lice, étaient présentées au porcin. La première écuelle entamée par Funtik scellait son pronostic officiel. Dès les premiers jours de la compétition, l’animal a attiré les foules en choisissant la Russie face à la République tchèque, ainsi que la Pologne contre la Grèce.
Ce mode opératoire rappelle que la quête de signes prémonitoires dans le comportement animal, connue sous le terme de zoomancie, remonte à la nuit des temps. Comme en témoigne l’histoire des oracles de l’Antiquité à nos jours, l’observation des oiseaux ou des entrailles servait jadis d’outil de décision géopolitique, bien avant que la pratique ne soit réinventée sous forme d’attraction estivale pour amateurs de football.
Biais cognitifs et divertissement populaire
D’un point de vue rationnel, les réussites ou les échecs de ces créatures reposent sur de simples probabilités statistiques. Le choix entre deux options équivaut à un tirage à pile ou face, où des séries de bonnes réponses peuvent facilement survenir sans impliquer de perception extrasensorielle. L’odorat de l’animal, la disposition des assiettes ou même d’infimes signaux inconscients émis par les soigneurs peuvent également orienter sa décision.
La fascination du public s’explique davantage par le goût du merveilleux et le besoin d’animer l’attente des résultats. Cette fascination pour les présages insolites alimente fréquemment les chroniques populaires, à la manière des récits d’histoires mystérieuses qui captivent les téléspectateurs, ou des débats autour de la prédiction de séismes par des méthodes non conventionnelles. Qu’il s’agisse de poulpes, de cochons ou d’éléphants, ces animaux oracles demeurent avant tout de formidables vecteurs de convivialité et d’animation festive.
